10 Ιανουαρίου, 2017English Contentadmin

http://www.vp-partisan.org/article1707.html

 

Grèce : interview de révolutionnaires

Au printemps 2016, Partisan Magazine a réalisé une interview du KKE (ml) – Parti Communiste de Grèce (marxiste-léniniste).
L’OCML VP partage l’essentiel de cette prise de position. Nous soutenons les organisations révolutionnaires marxistes-léninistes et maoïstes de Grèce dans leur travail de construction d’une unité populaire face à l’impérialisme, vers le renversement du gouvernement bourgeois et le pouvoir populaire.
Cette interview est l’occasion de revenir sur la politique de SYRIZA qui fut à l‘œuvre en Grèce, qui montre plus que jamais que le réformisme est une impasse pour les peuples face au capitalisme et à l’impérialisme. Cela peut évidemment être sujet à quelques parallèles avec la situation et les forces politiques de France… et ce n’est évidemment pas fortuit !

 

Depuis janvier 2015, SYRIZA est au pouvoir en Grèce. Comment aviez-vous analysé leur arrivée ?

 

Pour pouvoir élaborer une analyse, il est d’abord nécessaire de tracer brièvement le parcours qui a mené SYRIZA au gouvernement. À l’époque où SYRIZA arrive au gouvernement, la Grèce est en train de subir pour la cinquième année consécutive un programme d’austérité qui frappe les travailleurs et le peuple. Deux mémorandums d’entente (MoU) ont été votés l’un après l’autre au parlement en 2010 et 2012. Les gouvernements de droite et social-démocrate de Nouvelle Démocratie et PASOK respectivement avaient au préalable souscrit des engagements contraignants avec la Troïka du FMI et de l’UE. D’une part, ces engagements consistaient à livrer des biens publics (ports, aéroports, zones sans exploitation…) à des compagnies étrangères, visant surtout à préparer le terrain pour l’assaut de capital étranger : des accords qui prévoyaient une révision complète du code du travail, nuisant aux intérêts de travailleurs, et préconisaient l’élimination de tous les droits sociaux, de sécurité ou de santé. Le peuple grec prend les rues. Pendant plus d’un mois et demi des centaines de milliers de personnes se sont manifestées dans toutes les grandes villes. La place Syntagma au cœur d’Athènes se convertit en un champ de bataille et le gouvernement répond de façon acharnée avec la police anti-émeute. En même temps, plusieurs grèves ont lieu au long de la période 2010-2012 où les travailleurs exigent le retrait des mesures d’austérité. Cette situation a été l’origine du mouvement des ‘citoyens enragés’ et au mouvement ‘occupons les places’, animés surtout par la petite bourgeoisie, des fonctionnaires, des petits entrepreneurs et surtout des jeunes. Malheureusement, la classe travailleuse du secteur privé était absente de la plupart des mobilisations. Les principaux débats dans les places tournaient autour de l’attaque aux droits des personnes, ainsi que les raisons qui menèrent à l’actuelle situation socio-politique du pays. Plusieurs personnes, parmi lesquelles une partie de la gauche parlementaire et extra-parlementaire, considéraient que la dette nationale était la principale cause de la situation néfaste. Plusieurs représentants de la gauche défendaient un contrôle de la dette nationale en se référant à un groupe d’économistes et technocrates qui devraient déterminer quelle partie de la dette était mauvaise. Il s’agissait du point de vue qui prédominait sur tout le spectre de la gauche, de SYRIZA à certaines parties de la gauche radicale et extra-parlementaire, voire même des anarchistes. Or, notre position était et reste bien différente. Nous considérons que l’une des raisons fondamentales derrière l’assaut n’est en fait autre qu’une tentative de la part des impérialistes à exploiter et à dévaliser davantage notre pays dépendant et que la dette extérieure sert d’excuse pour atteindre ce but.
Comme l’indiquent les sondages, SYRIZA ne cesse de gagner du terrain suite au ‘mouvement des places’, jusqu’à emporter les élections en janvier 2015, faisant étalage de son opposition aux MoU. Il convient, d’ailleurs, de noter que c’est également dans ces mêmes places que le phénomène fasciste de l’Aube Dorée s’est renforcé, partant de 0,3% des voix aux élections de 2009 jusqu’à la flambée de 7% en janvier 2012, un taux qu’ils ont pu maintenir lors des élections de 2015. Le revirement radical du discours de SYRIZA se perçoit clairement à partir des élections de mai-juin 2012 jusqu’à 2015 : il n’exige plus l’annulation des MoU, sinon ‘des efforts pour atténuer les conséquences pour les secteurs les plus pauvres et les plus vulnérables’, recueilli dans ces termes dans le Programme de Thessaloniki de septembre 2014. Bien entendu, une fois au gouvernement, rien n’a été fait dans ce sens : plus exactement, SYRIZA n’a fait que suivre les mêmes politiques que ses prédécesseurs. Entre 2012-2015 le mouvement populaire s’était battu en retraite et tout le poids reposait dès lors sur l’ensemble de la gauche réformiste. On appelait toutes celles et tous ceux qui étaient descendus dans les rue jusqu’à 2012 à placer leurs espoirs dans les élections de cette année. SYRIZA décroche la deuxième place et pouvait gagner au deuxième tour mais dérive encore plus à droite, afin de convaincre le système aux niveaux interne et externe qu’il était en mesure de devenir une option de gouvernement responsable. Tout en proclamant qu’il abrogerait le MoU, SYRIZA emporte la victoire et gouverne ensemble avec le parti d’extrême droite des Grecs indépendants (ANEL). Peu de jours plus tard, il était évident qu’aucune des promesses n’allait être respectée. En ce qui nous concerne, nous sommes l’une des rares forces politiques qui l’avait annoncé déjà dès le début. Les choses ne changent pas grâce aux élections, surtout quand il s’agit de forces qui prétendent s’entendre bien avec tout le monde, ou plutôt avec les puissants.

 

En Juillet 2015, c’était la victoire du Non au référendum à propos des mémorandums de l’UE. Ensuite, ce fut la réélection de Syriza aux élections de Septembre. Quelle a été la politique de votre parti au cours de cette séquence et quelles conclusions en avez-vous tirées ?

 

Le référendum a lieu en juillet 2015, six mois après la victoire de SYRIZA dans les urnes, après six mois de négociations soi-disant très ‘dures’ avec l’Union Européenne et le FMI où Tsipras tentait de convaincre le peuple grec qu’il allait faire entendre raison à l’UE et la sensibiliser par rapport au problème de la Grèce. Or, en réalité, dû soit à l’ingénuité soit à un calcul de sa part, il se met à semer des illusions par rapport à l’accord ‘mutuel’ qui très vite tourne au saumâtre. Encore une fois, SYRIZA trompe le peuple grec, cette fois-ci avec un referendum. Afin de contrer le faux choix offert par SYRIZA, nous avons appelé
à l’abstention, en annonçant que la politique imposée par les créanciers impérialistes ne saurait être renversée par des référendums. Le peuple peut y mettre fin et virer les responsables seulement grâce à la lutte inlassable dans une direction anti-impérialiste et anticapitaliste. Ces luttes doivent être menées par tout le peuple, les travailleurs, les jeunes, les paysans… qui font les frais des politiques imposées par les tyrans nationaux et étrangers. L’immense majorité de la gauche avait appelé à voter Non, entretenant et renforçant l’illusion qu’un tel referendum pourrait effectivement changer quoi que ce soit. Finalement, la vaste majorité du peuple grec a rejeté à 61% la proposition des créanciers, malgré la campagne de peur menée par les médias grecs et les représentants étrangers. Le fait que le peuple ait su vaincre la peur était positif, malgré avoir assumé en même temps certains éléments économiques à travers les restrictions de capital imposées et les menaces de l’exclusion de la Grèce de la zone euro (le ‘Grexit’).
Seulement 24 heures après le référendum et au mépris du résultat, Tsipras est arrivé à un accord avec les créanciers
qui serait ratifié 20 jours plus tard. C’est sur cet accord de juin 2015 que reposent toutes les mesures anti-populaires appliquées aujourd’hui. Le système de retraites, le code du travail, la réforme fiscale ou la vente du port du Pirée et des aéroports régionaux font tous partie de cet accord.

Une grande partie du peuple grec a été profondément déçue et le mouvement populaire s’est désactivé pendant plus de trois ans. Ainsi, l’abstention était importante lors des élections de septembre 2015, tandis que certains qui ont voté pour SYRIZA ne s’attendaient pas à ce que les choses s’améliorent, et d’autres sont revenus au parti Nouvelle Démocratie face à la menace du Grexit. Nous nous sommes présentés aux élections afin de faire connaître notre position sur le MoU, entendu comme une catastrophe pour le peuple, qu’ils soient appliqués par la droite ou la gauche. Nous faisons appel pour que le peuple reprenne le chemin de la lutte et la confrontation de classe.

 

Selon vous, quelle alternative aurait dû être opposée à la Troïka ?

 

Il faut d’abord mettre en avant que notre pays est un pays dépendant, soumis à une double dépendance exercée à la fois par l’UE et les États Unis. Il s’agit d’une histoire qui vient de loin. Dès même ses origines, l’État grec a toujours été soumis à des puissances étrangères qui contraignaient notre pays avec des prêts ruineux qui ne pourraient jamais être acquittés. Nous sommes donc de l’opinion que les politiques internes et externes appliquées par les gouvernements antérieurs répondaient aux intérêts des impérialistes européens et américains.

Ainsi, dans le but de se mêler aux affaires de notre pays, le FMI et l’UE ont ‘déniché’ et brandi le problème de la dette grecque. Sous prétexte de la dette, le FMI (soit les États-Unis) et l’UE commencent à s’entremettre de plus en plus dans la politique interne
du pays. (D’autre part il est connu qu’il existe bien d’autres pays dans l’UE et au-delà qui ont une dette supérieure à celle de la Grèce, mais cela ne semble préoccuper personne). Ils exigent des licenciements dans le secteur public, une réforme du code de travail, la fermeture d’hôpitaux, la privatisation de beaucoup de services publics, la suppression de droits fondamentaux comme la retraite, la santé, le travail, des droits démocratiques et syndicaux… À notre avis, la dette extérieure représente une excellente excuse pour que les impérialistes et le capital grec lancent une attaque sur la classe travailleuse et ses droits, une attaque que le capitalisme a voulu redoubler suite à la chute des régimes de l’Europe de l’Est de 1989-1990.

Cette attaque ne s’achèvera pas avec un rajustement de la dette, ni grâce à la bienveillance des impérialistes. L’histoire nous enseigne que c’est seulement à travers la confrontation que les différences se résolvent dans une direction ou l’autre. Et une telle confrontation doit été dirigée par un large front anti-impérialiste luttant pour une Grèce indépendante et socialiste.

 

À votre avis, quelles sont les responsabilités des organisations de la gauche de Syriza, comme l’ex « plate-forme de gauche » ou l’Unité populaire, dans le développement des illusions du réformisme ?

 

Ils sont responsables d’actions de grande portée historique, tout en cultivant des illusions au long du temps, soutenant la voie parlementaire et croyant que l’Union Européenne est susceptible d’être réformée pour se doter d’un visage humain et se ranger du côté du peuple. Il y a quelques années, plusieurs d’entre eux avaient soutenu l’adhésion de la Grèce à l’UE et étaient de fervents adeptes de Gorbatchev et de la perestroïka. Et pendant de longues années ils ont collaboré avec le PASOK, parti social-démocrate qui dans les années 90 a viré au néo-libéralisme. Plus récemment ils ont cultivé des illusions par rapport à une prétendue alliance avec la Russie de Poutine et l’établissement d’étroites relations économiques. Mais toutes leurs expectatives se sont écroulées comme un château de cartes. De fait, Tspiras s’en est servi afin de monter au pouvoir et, plus tard, dès qu’ils sont devenus un obstacle, il s’en est débarrassé. Malheureusement, ils continuent à courir après les mêmes illusions parlementaires sans issue, ayant comme but principal leur retour au Parlement. Ils continuent à défendre un programme de transition réformiste au sein du capitalisme et au sein de l’UE. Dernièrement, certaines sections de ANTARSYA ont rejoint ces politiques vouées à l’échec en s’intégrant dans l’Unité Populaire de Lafazánis.

Nous sommes d’avis qu’il faut construire un mouvement qui grandira dans la lutte, séparant les amis des ennemis, et que, avec le temps, il deviendra clair que les victoires ne viendront pas du système, sinon d’un système différent bâti sur les ruines du vieux système. Nous ne croyons pas qu’il faudra attendre des décennies. Ce qu’a démontré la période 2010-2012 est que le peuple est capable d’abattre toutes les illusions dans la lutte, car c’était d’abord dans le ‘mouvements des places’ qu’a été posée pour la première fois la question de l’utilité de continuer à faire partie de l’UE. Ce n’est là qu’un exemple du fait que les opinions peuvent évoluer, mais seulement à travers la lutte. Ce n’est qu’en descendant dans les rues qu’on pourra balayer les illusions et créer une nouvelle conscience.

 

Aujourd’hui, quelle est la situation de la lutte de classe en Grèce, en particulier en ce qui concerne ce qu’on appelle ici « la crise des migrants » ?

 

Au début de 2016, dû aux changements proposés pour les systèmes de retraite et fiscal et qui visaient leur propre existence, une nouvelle vague de lutte a été lancée, surtout à l’instar des paysans et des artisans. Il s’agissait des premières luttes apparues sous le gouvernement de SYRIZA. Plusieurs mobilisations ont eu lieu également dans le secteur privé, surmontant de nombreuses entraves, surtout à l’occasion de licenciements ou quand les salaires restent impayés. La très officielle Confédération générale des travailleurs grecs (GSEE) s’est vendue aux capitalistes, aux mains de bureaucrates qui n’ont aucune intention d’agir. La situation dans le secteur public est légèrement meilleure grâce aux quelques droits de travail qui restent. Pendant cette période où le gouvernement a fait passer une législation particulièrement sévère contre la sécurité sociale et les retraites, nous nous dédions à organiser la résistance des travailleurs.

Malgré toutes les difficultés, le peuple grec s’est montré exceptionnellement solidaire envers les refugiés et les migrants, donnant tout ce qu’il pouvait. Les images sont éloquentes. Mais le gouvernement a encore une fois cédé devant les exigences des impérialistes en signant le honteux accord entre l’UE et la Turquie, renvoyant en Turquie le plus grand nombre de refugiés et migrants possible et acceptant la présence de bâtiments de l’OTAN dans la mer Égée, un développement dangereux dans la région.

 

Quelle politique conduit votre parti dans cette période ? Qu’attendez-vous de la solidarité internationale, en particulier en ce qui concerne les travailleurs et les prolétaires des autres pays européens comme la France ?

 

À l’heure qu’il est, nous tenons à faire preuve de solidarité envers les réfugiés et les migrants et nous nous efforçons à organiser une large campagne anti-impérialiste et contre la guerre avec des marches tout au long de la Grèce, une mobilisation organisée par Résistance Populaire – Coopération anti-impérialiste de gauche, une formation où nous participons avec d’autres forces révolutionnaires. En même temps nous organisons notre lutte contre la politique du gouvernement qui abolit la sécurité sociale et impose des mesures d’austérité encore plus sévères. Nous nous réjouissons qu’en France des luttes populaires de masses sont en train de se développer contre la sauvage politique capitaliste et nous espérons que ces luttes continueront de croître. C’est la meilleure façon de nous aider dans nos efforts !

 

Printemps 2016

 

Αναζήτηση

Κατηγορίες