A l’enfer du chomage opposons
la resistance et la solidarite ouvrieres
La monstruosite anti-ouvriere a ete votee. L’Assemble nationale vient d’adopter des ordonnances scelerates regissant les conditions et les indemnisations de licenciement.
Desormais, avec cette loi «entre leurs mains», les employeurs peuvent proceder «legalement» au licenciement de 6 travailleurs par mois, pour les entreprises de 20 a 150 salaries, […] et jusqu'a 30 travailleurs par mois pour les entreprises de plus de 150 salaries.
Les indemnisations de licenciement sont reduites de moitie et si nous tenons compte du fait que dans beaucoup de secteurs sont imposes le chomage technique partiel et le travail par alternance, cela signifie que les indemnites de licenciement seront reduites proportionnellement, puisque celles-ci sont calculees sur la base des revenus percus le dernier mois ouvre.
Ces ordonnances favorisent l’instauration d’une atmosphere de terreur et de coercition sur les lieux de travail. Ainsi les licenciements qui affectent plus specialement les employes les plus anciens, tres souvent initiateurs de resistance a l’arbitraire patronal, deviennent ainsi plus faciles et surtout moins onereux pour les employeurs. Le capital peut d’un cote terroriser les travailleurs avec les licenciements et imposer des conditions de «galere» a l’usine, au magasin, a la boutique, au chantier, et de l’autre se debarrasser a peu de frais des travailleurs qui sont trop «couteux» ou qui sont «politico-syndicalement» dangereux, pour les remplacer par des employes avec des salaires plus bas.
La consequence est qu’il y aura une vague massive de licenciements qui fera plonger dans l’enfer du chomage des centaines de milliers de travailleurs. Deja en avril de 2010 le chomage avait atteint 11,9% contre 9,4% il y a un an, le nombre de chomeurs etait alors de 597.000, 130.000 chomeurs de plus qu’en 2009. Tout cela est presente par la nouvelle Autorite statistique grecque - restructure selon les instructions de la troika (EU, FMI, BM). Parallelement l’Institut du Travail de la Confederation generale des travailleurs de Grece (ÉÍÅ/ÃÓÅÅ) estime qu’en 2011 le chomage atteindra 20% soit 1 million de travailleurs (!!!) se trouveront sans emploi.
La resistance aux licenciements
Du point de vue du capital, la vague massive de licenciements de la periode precedente et celle a venir, a comme «cause» la baisse du cycle des commandes et la «depression» plus generale de l’activite economique, consequente a la crise economique du systeme.
Bien entendu derriere ces «justifications» celui-ci tente d’occulter le fait que de nombreux salaries ont ete licencies pour des raisons clairement politico-syndicales, parce qu’ils etaient des militants actifs dans le mouvement ouvrier, et cela dans le but d’affaiblir la resistance des travailleurs. Actuellement les employeurs ciblent des centaines de travailleurs militants avec des pretextes illegaux mais aussi «legaux», et s’empressent de les licencier pour les detruire professionnellement et de les «desarmer» politico-syndicalement.
L’evocation de la «depression» par le capital, par rapport a la vague massive de licenciements, du chomage partiel et du travail en alternance, est une admission implicite que le processus de production, «le but de produire», n’est pas sa preoccupation principale, ce qui l’interesse avant tout c’est de maintenir sa profitabilite. Dans la situation d’aujourd’hui le capital cree des conditions de destruction des forces de production et surtout de la force de travail, avec pour objet la chute du cout de la main d’oeuvre, l’abolition des acquis de la classe ouvriere, creant ainsi un terrain fertile pour de nouvelles opportunites de profit.
A la base nous n’avons aucune raison de partager les «besoins» du capital, serait-il etranger ou local, pour surmonter la crise sur notre dos. Nous refusons entierement le rappel de la «depression» pour justifier les licenciements. Nous devoilons et denoncons aux travailleurs les vraies intentions des employeurs. Nous organisons des luttes massives pour l’annulation des licenciements et le retablissement des travailleurs dans leurs emplois. Nous refusons de nous soumettre aux chantages et aux «faits accomplis», dans les lieux de travail, fomentes par le capital et ses collaborateurs (l’aristocratie ouvriere, les mass media, les analystes etc.) Nous associons cette lutte avec la condamnation de ceux qui diffusent la politique du capital, le gouvernement et les autres partis bourgeois qui par leur action fabriquent cette «avidite» politique et cadre anti-ouvrier qui donne tout son essor a l’attaque contre les conquetes sociales et les droits des travailleurs.
La lutte contre l’enfer du chomage commence par la lutte contre les licenciements. Sans un mouvement de resistance et de solidarite ouvriere de masse, les travailleurs se sentent seuls et impuissants fasse aux appetits du capital. Dans cette direction, jouent un role significatif les initiatives et les comites qui se sont constitues dans des quartiers d’Athenes et de Thessalonique, sur les lieux de travail, comme dans beaucoup de villes provinciales.
Lutte pour le droit au travail
Les milliers des travailleurs au chomage ont, parmi d’autres, deux problemes d’importance existentielle. Tout d’abord les problemes de subsistance. La frugalite des salaires mensuels ou journaliers, la hausse des prix ces dernieres annees, ont fait disparaitre pour la grande majorite des travailleurs toute possibilite de «mettre quelque chose de cote» pour «un mauvais jour», comme aujourd’hui. Ainsi sans epargne et avec une indemnite chomage humiliante qui couvre a peine quelques besoins pendant quelques jours, les travailleurs au chomage se voient confrontes au cauchemar de la faim et de la misere croissante. Simultanement ils sont confrontes au serieux problemes des soins de sante, depuis que la loi instauree par le parti de la Nouvelle Democratie fait que chaque annee le cout des timbres pour les carnets de sante augmentent. Alors que pour les travailleurs immigres le chomage leur «ouvre» soit la voie a l’expulsion, du moment ou ils n’ont pas le nombre de timbres requis a leur «carte», soit celle de la residence «illegale» avec ses rudes extorsions et le travail au noir.
Le travailleur au chomage a perdu son «espace de masse», son travail, au moyen duquel il se reconnait comme producteur, comme collegue, comme individualite qui a travers des processus collectifs peut defendre son niveau de vie et celui de sa famille. En dehors de son travail productif chaque travailleur aujourd’hui, est seul face a l’angoisse de la survivance, vulnerable au chantage du travail au noir, sans defense contre les malversations des employeurs, pour faire temporairement face a la situation.
Les conditions ci-dessus creent un cadre particulierement defavorable pour qu’on puisse parler d’un «mouvement de chomeurs» qui se rassemblerait, qui formulerait des positions et des objectifs, qui developperait des luttes pour le droit au travail, pour des emplois avec des droits et des libertes; alors que simultanement il revendiquerait pour toute periode de chomage et pour tous les chomeurs une allocation adaptee au cout de la vie, ainsi que la couverture maladie gratuite et sans conditions.
La lutte ci-dessus est une affaire collective des travailleurs dans tous les secteurs et dans tout le pays. C’est une affaire commune des travailleurs qu’ils soient natifs ou etrangers. Il faut qu’elle devienne l’affaire de chaque organisation de base et que les travailleurs l’imposent avec les recommandations des comites de chomeurs, par branche et par lieu de travail, qui fonctionneront dans son cadre, et qui exigera et imposera a sa direction qu’aucun membre travailleur au chomage ne puisse etre exclu, que soient organises des luttes pour les problemes de subsistance des chomeurs, des manifestations de solidarite et de soutien a la population au chomage. Dans la mesure ou les directions des organisations refusent, et c’est ce qui arrive generalement, et qui arrivera la ou auront lieu de telles initiatives, les comites de chomeurs pourraient fonctionner independamment en s’adressant a des comites d’autres associations, mais aussi plus generalement a des comites de travailleurs-populaires et d’autres initiatives, pour mieux s’etendre et se coordonner. La question la plus importante pour les travailleurs au chomage est de preserver leurs liens politiques et organisationnels avec le mouvement ouvrier et leurs collegues, avec des luttes communes de toute la classe ouvriere contre l’attaque du gouvernement-capital-imperialistes, c’est pour cela que leur organisation doit faciliter cette orientation.
D’un autre cote pour un grand nombre de travailleurs situes soit dans des milieux sans organisation syndicale, soit n’ayant eux-memes pas etabli de liens avec celles existantes pour differentes raisons se pose le manque de confiance, a cause de la politique collaborationniste de leurs directions avec le patronat... Ces phenomenes, particulierement dans la jeunesse ouvriere, sont massifs et de serieux efforts doivent etre entrepris pour organiser ce monde, avec des methodes et des schemas qui faciliteront son rassemblement.
La situation dans le mouvement ouvrier aujourd’hui fait que les choses sont devenues encore plus difficiles pour l’organisation de la lutte, quand d’un cote le gouvernement et de l’autre l’aristocratie ouvriere a la solde du patronat ont abandonne les chomeurs a leur destin depuis des annees, alors que les organisations syndicales qu’ils controlent non seulement ne se battent pas pour leurs droits, mais comme si cela ne suffisait pas les rayent de leurs rangs, les privant ainsi de la possibilite de s’organiser et de lutter collectivement. En meme temps les elements statistiques du chomage calcules par ÉÍÅ/ÃÓÅÅ, tels qu’ils sont presentes (le terrorisme des chiffres) renforcent l’insecurite et facilitent le passage des dilemmes coercitifs du gouvernement-capital.
De l’autre cote, les pratiques du genre PAME qui commencent avec des «soutiens telephoniques», se limitent a des protestations dont la principale caracteristique consiste a se mettre en avant plutot que mettre en avant le probleme des gens et arrivent au point d’appeler a des rassemblements nationaux des travailleurs de la construction qui est la branche ayant le plus de chomeurs, plus de 60%, sans pour autant appeler a une greve de 24 heures (!!!). «Pour se degager ainsi de son obligation» et pour s’echapper aux pressions du monde, ils creent des obstacles serieux au developpement massif des luttes pour le droit au travail.
La lutte contre l’enfer du chomage est la lutte politique pour un des droits les plus fondamentaux des travailleurs, celui du droit au travail, la possibilite de la classe ouvriere et de toute la population laborieuse de vivre en produisant tous les biens necessaires a la societe. Le droit au travail ne s’offre pas il est a conquerir avec des luttes. Il ne peut etre fractionne ni transforme en chomage partiel, ni en travail en alternance, ni en travail temporaire sans assurance sociale; c’est un droit insecable absolu de tous les travailleurs, et il ne peut etre «echange» contre les conditions barbares que veut lui imposer le capital. Le droit au travail est une cible de lutte, une revendication au gouvernement qui ne la «partage pas». Celle que le gouvernement «partage» est celle de la «concurrence» que veulent batir le capital etranger et national, le FMI et l’UE sur la misere grandissante du monde du travail.
La periode est extraordinairement critique et difficile, toutefois, quotidiennement, par des resistances sur les lieux de travail, des petites victoires de reintegration de travailleurs dans certains branches, ont de nos jours une grande signification, il devient ainsi clair que peuvent se construire des conditions d’organisation et de lutte de masse jusqu’au moment ou ils constitueront une orientation commune aboutissant a une action commune d’un grand potentiel reel de militants de classe et de formations ouvrieres de lutte.